Les enfants HPI, leurs différences

« L'important, ce n'est pas de vivre comme les autres, mais parmi les autres »  Daniel Tammet

Identifier l'enfant HPI au plus tôt Une différence niée, pourquoi ?
Qu'est-ce qui les rend si différents ? Alors que faut-il faire pour que cette différence  reste un atout ?



Quand un jeune se sent différent des autres jeunes, plus il grandit, plus cette différence s'accentue et plus il se sent exclu. On lui reproche sa différence, il se sent malheureux, ne comprend pas ce qui lui arrive, mais ressent que c'est  cette différence  qui l’éloigne du groupe malgré ses nombreuses tentatives pour se faire accepter.
Pour Mathieu, Dorothée, Médhi, Julie, Paul et Camille, cette différence se nomme  la précocité intellectuelle/ haut potentiel intellectuel.

Mathieu, est sage, très sage, trop sage. En maternelle, il attendait que les autres se taisent pour pouvoir écouter la maîtresse, il écoutait l’histoire sans bouger, il était toujours le premier à lever le doigt. Mathieu joue peu avec d’autres garçons, il préfère les filles avec lesquelles il discute de ses passions… Mais chaque matin, il a mal au ventre, il somatise et développe un eczéma. Mathieu s’accommode, se met au même niveau que les autres et finit par nier son potentiel intellectuel. Pour tous, Mathieu est un élève modèle et un enfant parfait, mais parfois pour un rien à la maison c’est la crise !


Dorothée, qui a toujours aimé les livres mais éprouve des difficultés pour l'apprentissage de la lecture.
Diagnostiquée dyslexique, elle poursuit une scolarité normale. L'orthophoniste considère que son haut potentiel intellectuel compense ses difficultés. Dorothée est une enfant très mature et très curieuse, en classe elle s’ennuie dans bien des domaines. Mais la conscience de son handicap la révolte, car cela la freine. Pour ses parents et enseignants,  elle n’est pas suffisamment dyslexique pour une prise en charge et pas suffisamment bonne élève  pour envisager  un saut de classe. Aussi, non reconnue, elle aime jouer d'elle, se mettre en dérision. Ses camarades la trouvent géniale mais quand elle parle d'elle, Dorothée dit  "je suis nulle".


Medhi, ne supporte plus ses camarades qui ne comprennent pas ses règles de jeux, son raisonnement construit et son vocabulaire riche. Medhi pense qu’ils font exprès de ne pas comprendre, il se sent rejeté.  Ils me détestent, ils se moquent de moi...pense-t-il. Alors, il devient agressif, d’abord à la maison ensuite à l’école; puis un jour, il tape. Quand il rentre à la maison Medhi pleure, il  s’en veut et regrette de ne pas avoir pu se contrôler. Mais  le lendemain sans qu’il puisse y faire quelque chose, il recommence. Son comportement et ses notes  ne sont pas ceux attendus d’un enfant précoce.  Pourtant son enseignante de CP dira de lui C'était un enfant curieux et brillant, dommage qu’il faille lui faire redoubler son CM2
Julie, est une enfant pleine de vie, très sociable et très sensible. Dans sa classe, elle a su faire sa place. Elle prend en charge les autres élèves, les plus fragiles, les plus lents, ceux qui sont malheureux, malades. Elle bavarde beaucoup, aime donner et rappeler les ordres (rangez vos feutres, ne faites pas ceci, ni cela…) à défaut de se sentir à la place de l’élève elle joue à la maîtresse. Mais rapidement, la maîtresse trouve Julie trop envahissante, trop bavarde. alors Julie attend, rêve…. s limite pour faire plaisir aux autres. julie restera une trés bonne élève sans fournir d'effort d'apprentissage. C'est une enfant "adulte" qui pour l'instant "roule seule" sans aide.


Paul, enregistre tout , il veut tout savoir sur tout.  Il est passionné et souhaite partager son savoir.
 Pour lui et ses parents aller à l''école dés trois ans est une aubaine. Alors son cartable au dos, un cahier et des stylos, il est prêt à apprendre, à découvrir, à partager ce qu'il sait.
Mais à l'école, Paul lève le doigt, prend la parole ou plutôt la monopolise. A l'école, il doit attendre, il doit se taire, il ne doit pas tout savoir.... alors Paul se révolte. Il refuse de colorier pour apprendre les couleurs car Paul veut écrire. Il  refuse de faire le graphisme demandé car Paul veut apprendre à lire. Paul est en rebellion contre l'école, il s'agite, ne reste plus en place.... alors, il se fait gronder et punir. Paul n'aime plus l'école et n'aime plus écrire.



En crèche, Camille  ne veut surtout pas avoir de contact avec les autres enfants, elle les trouve dangereux. Ils la bousculent sans jamais demander pardon, arrachent ses jouets alors qu’il suffirait de les lui demander. Elle les trouve bruyants. "Ils parlent bébé" dit-elle. Alors, Camille s’isole au fond de la salle. Elle attendra souvent que tous les enfants soient sortis dans la cour pour faire un puzzle.




A  travers les différents profils de ces jeunes enfants à haut potentiel intellectuel, on constate que, malgré leur faculté intellectuelle, ces enfants arrivent difficilement  à s'intégrer dans le cadre scolaire et en souffrent ouvertement ou silencieusement.
Certains plus armés psychologiquement et soutenus par un référent adulte sécurisant arrivent à s'intégrer et à suivre une scolarité sans problème. D’autres s’intégreront un temps, jusqu’au jour où cela leur paraitra insurmontable. Et enfin, il y a tous ceux qui très tôt ne pourront contenir leur souffrance. Cette souffrance  les isole des autres ou les éloigne de ce qu’ils sont vraiment, forcés avec le temps de perdre  ce petit quelque chose qui faisait «leur diférence».


Identifier l'enfant HPI au plus tôt.

Il y a urgence pour ces enfants de reconnaître  leurs différences et de respecter leur rythme d'apprentissage pour leur éviter une souffrance inutile et les nombreuses pathologies ou "déviances" qui peuvent y  être  liées .

- Des réactions caractérielles (A la maison et/ou à l'école, caprice, colère...)
- Renonciation à ses capacités ( désintérêt de l'école, hyper-adaptabilité)
- Troubles du comportement, de l'humeur (dépression, anorexie, phobie scolaire, trouble de l'attention...)
- Trouble des apprentissage (les DYS..)
- Trouble somatique (Tic ou toc, eczéma, crise d'asthme, maux de ventre..)

 et pour 50% d'entre eux, l'échec scolaire.


Quand on doute, quand un enfant a un développement différent des enfants de son âge, quand il s'intègre difficilement dans sa classe d'âge, éprouve des difficultés d'apprentissage  ou d'attention, change de comportement à la maison,  il est important d'identifier au plus tôt son profil cognitif par le diagnostic d'un test de QI (test de WESCHSLER) afin que parents et professionnels en charge de l'enfant  puissent mieux l'accompagner.

"S' interroger et chercher une explication sur le mal être d'un enfant dans son cadre scolaire ou familial est légitime. 
C'est très rarement pour se prévaloir d'un petit génie que les parents font passer un test de QI à leur enfant. "


Mais qu'est ce qui les rend si différents ?

Ces enfants ont un potentiel intellectuel, QI > 130, qui rend leurs besoins différents de la moyenne des autres enfants de leur âge. Ils ont un fonctionnement cognitif spécifique et indépendant d’eux, qu'ils garderont toute leur vie.

Ces enfants ont une intelligence (compréhension, adaptation et flexibilité) quantitative plus grande et un développement cognitif en avance, une spécificité dans le traitement et le stockage de plus grandes quantités d'informations, une grande capacité créative qui diffère selon les domaines (pensée divergente et convergente exprimée selon des performances observées), et un degré d'engagement plus grand que la norme lorsqu'ils sont motivés. 

Cette différence*, est perçu très tôt dans l'enfance par un décalage (cognitif et social) avec les autres enfants et le niveau d'attentes demandé par un adulte. Ce décalage est très souvent ressenti par l'enfant dont le HPI n’est pas repéré, sa famille et son entourage comme le sentiment d'une incompréhension.

Quant à l’enfant « HPI », « EIP », il semble qu'il ressent ce décalage le plus souvent en collectivité, en milieu scolaire, dans des contextes qui demandent à l'enfant de freiner l'expression de son potentiel pour s'adapter au niveau des autres enfants du même âge.  Aussi face à ce sentiment d'incompréhension, surtout si dans le cadre familial, l'enfant n'est pas limité dans l'expression de son potentiel, il risque très rapidement de penser qu'on lui demande de renoncer à s'épanouir pour se conformer aux autres. 

Les adultes et professionnels qui prendront en charge les enfants « HPI », «EIP» devront impérativement tenir compte de cette différence de développement et s'assurer du contexte bienveillant, sécurisant et stimulant dans lequel ces enfants vont pouvoir exprimer leur potentiel et s'épanouir.

*Cette différence est aussi expliquée par de nombreux auteurs comme une intelligence différente avec une manière multidirectionnelle de traiter l'information, (Jeanne Siaud Facchin parle « d’arborescence ») et un émotionnel très lié au mental (Olivier Revol parlera de « Cascade Emotionnelle »).mais cette vision grand public est trés réductive.


Une différence niée. Pourquoi ?

Parce qu'elle ne se voit pas, elle est niée. Quand on peut percevoir la différence, notre comportement s'ajuste. On se montre souvent plus tolérant, plus patient. On a de l'empathie pour cet enfant différent et on fournit des efforts pour son intégration. Pour l'enfant à haut potentiel, c'est presque toujours à l'enfant et à sa famille de fournir les efforts nécessaires à son intégration quand celui-ci n'est pas maltraité. Si la maltraitance des enfants à haut potentiel est une réalité heureusement de moins en moins fréquente elle reste inacceptable, surtout quand elle est tolérée ou alimentée par l'adulte qui à la charge de le protéger.
Si "haut potentiel intellectuel" rime avec réussite scolaire et épanouissement... Il rime trop souvent avec solitude, ennui, paresse, décalage, probléme psychologique, difficulté dans les relations.

Preuve que de nombreux enfants hpi ne rencontrent pas le contexte nécessaire pour exprimer leur potentiel et s'épanouir comme d'autres enfants.

 
Que faut-il faire pour que cette différence reste un atout ?

Permettre l'identification en posant l'hypothèse du haut potentiel comme une hypothèse  parmi d'autres. Une fois le haut potentiel de l'enfant confirmé par le test du QI, ayons un regard différent sur eux et osons leur offrir le meilleur.


- Avoir un regard différent sur eux.
Acceptons la différence ne soit pas déterminée en termes de plus, ou de moins, mais seulement en terme « d’autre ». Chaque enfant possède sa différence et son aptitude qui fera de lui un être unique et celui qui ne sera pas polytechnicien, sera journaliste ou un excellent cuisinier … Et, nous avons tous besoin de toutes les compétences intellectuelles et humaines.


- Oser leur offrir le meilleur en termes d’éducation, de scolarité et d’amour.
Car ce sont les atouts affectifs et /ou éducatifs qui vont donner à l’enfant la capacité ou le désir de se servir de son haut potentiel. L’équilibre psychologique et l’investissement parental ne sont pas les seuls  garants pour transformer le haut potentiel intellectuel en avantage, même s'il  y contribue fortement.

- Reconnaître le haut potentiel dans sa diversité
Le milieu scolaire doit réduire l’inégalité sociale en fournissant les apprentissages et aliments intellectuels à tous les enfants
(beaucoup trop d'enfants de milieux les plus modestes ne sont jamais reconnus intellectuellement précoces). Il serait sûrement préférable de les voir en polytechnique que sur les bancs des tribunaux comme meneurs de groupes … car quand l’intelligence ne peut pas se mettre au service de la société et du bien, elle s’avère dangereuse pour la personne ou pour les autres.

- Proposer un parcours scolaire adapté à leurs différents profils cognitifs dans le respect du rythme d’apprentissage.
Envisager un saut de classe dès que possible
pour permettre à l'enfant de rentrer dans les apprentissages fondamentaux, de palier  l'ennui et de se retrouver avec des camarades ayant moins d'écart avec leur développement cognitif. De plus, l'enrichissement et l'approfondissement pédaggogique souvent proposés comme premières alternatives, amènent indubitablement à l'accélération du cursus scolaire ou à la scolarisation par le CNED si  la proposition d'un saut de classe arrive trop tardivement.
 

- Ne  jamais mettre en doute  le haut potentiel intellectuel d'un enfant.
Se rapprocher  de professionnels  ayant une expérience auprès de ces enfants  pour comprendre et échanger ce qui nous interroge.
Le manque de maturité reproché à tort aux HPI est souvent confondu avec un réel  besoin d'affection, de reconnaissance et  de sécurité. 
Et pourtant, quoi de plus normal que de demander une preuve d’affection, de sécurité lorsqu’on se sent si différent et que tout ce qui se passe ou se dit autour de vous, vous interroge et vous inquiète.

- Accepter la diversité des enfants à haut potentiels.
C’est aussi accepter que certains HPI soient  moins manuels, moins sportifs ou moins scolaires que d'autres
(un HPI n'est  pas toujours synonyme de bon élève et un excellent élève n'est pas nécessairement  un HPI). Accepter qu'ils ne soient pas performants dans toutes les matières mais les obliger à être volontaires pour chacune d'entre elles, reste légitime.


- Les aider à se construire
Pour leur équilibre psychologique et leur adaptation sociale, ces enfants doivent dès le plus jeune âge évoluer avec leurs pairs "effet miroir"  pour les aider  à trouver leur place dans la société et dans le milieu scolaire. A l' adolescence, dans la recherche d’un groupe qui leur correspond,  ils  peuvent se trouver en danger,  car attirés par tout ce qui leur semble sortir de l’ordinaire. Il est important aussi qu’un adulte relais sache leur expliquer cette différence cognitive et émotionnelle dont ils devront tenir compte dans les relations à l’autre. Comprendre qui on est pour comprendre les autres, apprendre à s’accepter avec ses forces et ses faiblesses pour mieux accepter l’autre. Mais ne  jamais permettre à l’enfant de confondre son QI élevé avec sa valeur humaine.

- Apporter aide et soutien aux familles
En Languedoc Roussillon,
l'AE-HPI LR que j'ai crée donne un cadre qui permet à l'enfant HPI de trouver le lieu, les activités et l'écoute appropriés pour s'épanouir. Les enfants s’y retrouvent entre eux et peuvent y faire l’expérience de connivence et d’aptitude à partager avec leurs pairs.
Peu importe, si c’est dans telle association (AE-HPI ou une autre) ou si c’est dans un autre contexte (l’école, les centres de vacances, l'accompagnement personnalisé…) que  l’enfant à haut potentiel trouve  l'aide et la reconnaissance appropriée pour poursuivre un parcours scolaire adapté, partager avec ses pairs et s' épanouir.
 
car si Camille, Medhi,Mathieu, Julie, Grégoire et Paul étaient présents, ils vous diraient :

"Intéressez-vous à notre différence,
c'est ce que nous avons de plus précieux.
La nier, c'est nous rejeter, la reconnaitre
c'est nous permettre de vivre heureux"

Par Véronique GAILLARD
Formatrice, Consultante et médiatrice scolaire* HPI
Présidente AE-HPI Languedoc Roussillon
vgaillard5@aol.com - 06 67 22 25 05
*Médiateur scolaire est tenue que j'emploie pour parler d'un tier indépendant qui intervention en médiation en milieu scolaire auprés de la commauté éducative (écolen, famille, santé..)